Vie et devenir des friches franciliennes : dynamiques et enjeux écologiques

Les friches urbaines, souvent perçues comme des espaces vides ou de simples réserves foncières, peuvent pourtant jouer un rôle dans la conservation de la biodiversité en ville. Certaines d’entre elles constituent des habitats pour de nombreuses espèces, abritent des milieux à forte naturalité et représentent parfois les derniers espaces de nature au sein d’environnements fortement artificialisés. Cette note, de l'Institut Paris Région, explore, sous l’angle de l’écologie, l’évolution des friches franciliennes sur près de 40 ans à partir du Mode d’occupation du sol (MOS), contribuant à approfondir la compréhension des interactions entre tendances foncières, politiques d’aménagement et enjeux de biodiversité en contexte urbain.

Institut Paris Région

Il n’existe pas de définition universelle des friches, tant leur nature est diverse et complexe. Cette difficulté tient à plusieurs facteurs. Avant tout, les friches constituent des espaces hétérogènes, façonnés par leur histoire et par les milieux qu’elles accueillent. Elles peuvent être issues d’anciennes zones industrielles, de jardins ou de parcelles agricoles abandonnés. En conséquence, la nature du sol et le degré d’artificialisation varient considérablement d’une friche à l’autre : certaines présentent des bâtiments désaffectés ou des surfaces entièrement minéralisées, tandis que d’autres abritent des milieux naturels récemment perturbés, des prairies, voire des espaces boisés. De plus, les friches se distinguent par leur évolution constante. Ce ne sont pas des lieux figés : elles se transforment au fil du temps, ce qui les rend particulièrement difficiles à saisir.

Néanmoins, les friches ont en commun les notions d’« abandon », de « césure », de « blocage » ou de « déprise ». En ce sens, elles sont des espaces en attente, dont les nouvelles fonctions restent à définir. Ce sont aussi des lieux marqués par un arrêt – partiel ou total – de l’activité humaine, créant les conditions d’une recolonisation progressive par la nature. Loin d’être toutes bâties, certaines friches se révèlent être des refuges pour la faune et la flore urbaines. Plusieurs études scientifiques ont montré que ces espaces peuvent contribuer à la conservation de la biodiversité en ville. À titre d’exemple, une étude menée en 2007 par le Muséum national d’histoire naturelle a révélé qu’en Île-de-France, dans un département fortement urbanisé comme les Hauts-de-Seine, 60 % de la flore de ce territoire (présente dans les bois, étangs, berges, cimetières, jardins publics et privés…) s’observe dans les friches urbaines. Ce résultat concorde avec d’autres études réalisées dans plusieurs grandes villes européennes, qui affirment que les friches jouent un rôle en tant que réservoirs de biodiversité. Ces espaces sont également propices à l’accueil d’espèces sensibles à la gestion ou à la fréquentation humaine, comme le bouillon-blanc, le chardon crépu, les salsifis, les résédas ou le séneçon de jacobée. Enfin, ces milieux en libre évolution joueraient un rôle essentiel dans le maintien des continuités écologiques. En servant de corridors ou de zones relais, ils facilitent la circulation des espèces entre différents habitats, leur permettant ainsi de réaliser l’ensemble de leur cycle de vie, tout en renforçant la résilience des écosystèmes fragilisée par la fragmentation.